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Formation professionnelle : L'impératif de la formation générale

"On ne peut plus faire l'économie d'une formation générale de qualité". Présentant, le 11 mai, le dernier numéro de la Revue internationale d'éducation de Sèvres (CIEP) , Christian Forestier pointe directement son élément central : une certaine déprofessionnalisation d'un enseignement qui doit s'adapter à la tertiarisation des activités. Mais, basé sur l'étude de 11 pays différents, le numéro apporte des éclairages qui nuancent ces traits généraux.

L'enseignement professionnel sous la pression du chômage des jeunes

Dans l'OCDE, 46% des lycéens sont dans une formation professionnelle, ce qui fait de cet enseignement une voie dominante. Mais cette proportion varie beaucoup d'un pays à l'autre. Majoritaire en Allemagne, dans les pays du Nord de l'Europe, l'enseignement professionnel est nettement moins important dans les pays latins.

Un autre chiffre, fourni par l'excellente introduction de Christian Forestier, qui a coordonné le numéro, c'est le nombre de jeunes de 16 à 29 ans qui ne sont ni en formation ni en emploi (les NEETS). Ils sont 39 millions dans l'OCDE. Et leur nombre croit rapidement. 5 millions se sont ajoutés depuis 2008.

C'est évidemment cette pression qui explique l'intérêt porté à l'enseignement professionnel. Car celui-ci reste la voie de formation assurant la meilleure insertion professionnelle. Eric Charbonnier et Stéphanie Jamet, de l'OCDE, rappellent que c'est le cas dans la quasi totalité des pays de l'OCDE, la France faisant exception avec le Portugal et la république tchèque. L'enseignement professionnel apparait come la meilleure réponse au chômage , bien plus peut-être que comme un élément de croissance économique.

C'est encore plus vrai pour la formation initiale, professionnelle et intermédiaire, celle qui "fabrique" des ouvriers, des employés et des techniciens supérieurs, qui est la cible de ce numéro. C'ets dans cette catégorie que le risque de chômage pèse le plus.

L'employabilité dépend de la formation générale

A partir de là la revue pose des questions de fond, que vont alimenter les articles correspondant aux différents pays. Que doivent apprendre les élèves de l'enseignement professionnel ? Comment ajuster l'offre de formation et le développement économique ? Quelle place doit avoir l'entreprise dans cette formation ?

"Tout le monde rame sur l'employabilité de ces jeunes", nous a dit Christian Forestier. "Les entreprises disent toutes avoir du mal à trouver des jeunes qualifiés". Mais qu'attendent-elles au juste ?

L'enquête PIAAC , menée par l'OCDE pour évaluer les compétences des salariés adultes, donne une réponse. "Lorsque l'on prétend évaluer els compétences professionnelles des adultes, on reprend de fait des évaluations qui reposent sur la maitrise de compétences fondamentales telles que la littératie ou la numératie", explique C Forestier. De là une certitude : la professionnalité dans une économie moderne tertiarisée c'est d'abord des compétences qui relèvent de l'enseignement général. Autrement dit le socle commun. L'employabilité dépend d'abord de la maitrise de ces compétences générales.

La question de la formation professionnelle se retourne donc vers l'Ecole. Non seulement parce qu'elle exige un niveau scolaire minimal. Mais aussi parce qu'elle entre en conflit avec l'habitude d'orienter vers le professionnel les élèves en difficulté avec l'enseignement général. E Charbonnier montre que la moitié des élèves de l'enseignement professionnel dans l'ocde sont susceptibles d'avoir un faible niveau de compétence dans PIAAC.

Christian Forestier en tire une autre conséquence. Si la professionnalisation dépend d'abord de la maitrise du socle quelle doit être la particularité de l'enseignement professionnel ? "Une autre pédagogie", estime C Forestier.

Enfin, pour l'OCDE, la formation doit aussi développer des compétences sociales et émotionnelles indispensables à la vie professionnelle.

Quelle place pour l'entreprise ?

Comment ajuster l'offre de formation et le développement économique ? "L'adéquationisme n'est plus possible", estime C Forestier. Si l'on peut envisager les évolutions économique set de l'emploi , on ne peut pas quantifier ces évolutions. Pour lui toute tentative en ce sens serait voué à l'échec. Il faut malgré tout garder un oeil sur l'emploi. La revue montre par exemple en Pologne comment la réforme de l'enseignement professionnel s'appuie sur un observatoire des métiers.

Quelle place doit avoir l'entreprise dans cette formation ? Deux modèles se sont longtemps affrontés : la formation "in vitro" réalisée dans le moule scolaire, et celle "in vivo", faite en entreprise. Pour C Forestier, les deux modèle sont en train de se rejoindre, même si le modèle "in vitro" domine encore dans certains pays, comme le Québec..

""Le constat le plus important fait par les experts de l'OCDE est la nécessité de renforcer la composante apprentissage en milieu professionnel", estime C Forestier. Sur ce terrain, les pays ont des traditions différentes. Mais cela peut prendre des formes différentes. En Allemagne, les entreprises dominent la filière, même si les Länder ont leur mot à dire. Au Québec, il ya aussi cogestion, mais c'ets la Province qui domine. La place de l'entreprise est évidemment en lien aussi avec la question du financement de l'enseignement professionnel.

Le dernier trait commun qui se dégage des 11 pays étudiés dans ce numéro (Pologne, Allemagne, Cote d'Ivoire, France, Singapour, Philippines, Chine, Colombie, Québec, Italie, Maroc), c'est que partout on voit un grand intérêt envers la formation professionnelle initiale. Le défi à relever est plus ou moins important selon le spays. Et la situation française n'apparait pas comme la plus difficile.

Formation professionnelle : L'impératif de la formation générale
Tag(s) : #Formation 360°, #Développement

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