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France formation et éducation : quand le rideau de fumée se dissipera

Deux études parues au cours de l'été devraient interpeller les Français quant au niveau réel de leurs compétences et de leurs connaissances.

À l'école : la politique de la patate chaude pour près de la moitié des enfants

En juillet dernier la DEPP (Direction de l'Évaluation de la Prospective et de la Performance) a publié une courte note ( Étude CEDRE ) synthétisant les "performances" en français des élèves en France, sa conclusion :

"- Le niveau moyen des élèves n'évolue pas depuis la première évaluation en 2003. Ainsi, 60 % des élèves ont une maîtrise suffisante des compétences attendues en fin de scolarité primaire".

Les optimistes pourront avancer que 60 % des élèves sont au niveau en France toutefois les réalistes peuvent aussi conclure que près de 1 élève sur 2 (40 %) n'ont pas un niveau suffisant pour poursuivre des études au collège (alors qu'ils vont y passer 4 à 5 années inutiles sans doute).

Aussi problématique sur le sujet, quel est le réel niveau de cette moyenne de 60 % d'élèves ayant un niveau prétendument "suffisant" ? La France est très mal classée dans la plupart des indicateurs internationaux (PISA, mais aussi l'indicateur des Bernardins qui nous classe en 24e position sur 35 pays étudiés).

40 % des enfants sont donc parachutés dans un collège alors qu'ils n'ont pas les capacités pour en tirer profit (idem dans les lycées puis en fac quelques années plus tard)

Les adultes présentent eux aussi d'énormes béances éducatives et les statistiques françaises ne sont pas fiables

Pour les adultes le doute existe aussi sur la sincérité et la fiabilité des statistiques et indicateurs nationaux

Un rapport récent de l' IGAS jette le discrédit sur les statistiques concernant la formation des adultes

Qu'apprend-on à la lecture de ce rapport (commandé en juin 2015 par l'ancien ministre du Travail François Rebsamen) :

"- [il existe] un grand nombre de statistiques à la fiabilité et à la cohérence souvent problématiques.

- Des difficultés fortement liées à l'éclatement des responsabilités.

- La mission a constaté que le décompte des entrées en formation dans les sources administratives est biaisé par de doubles comptes...

- Il n'y a pas non plus de méthodologie partagée pour évaluer le devenir des stagiaires".

Alors que les stages pour chômeurs se multiplient sans pilotage de la part de Pôle emploi (on fait du remplissage comme l'a dénoncé récemment un article du Canard) l'IGAS conclue son enquête par :

- Une absence de méthodologie partagée entre les acteurs.

- Une fiabilité des sources problématique.

- Un manque de clarté et de vision d'ensemble.

En gros, la formation des adultes en France est dans le brouillard, la réforme de 2014 (réforme menée par des gens qui n'avaient pas la compréhension des enjeux et des difficultés du secteur) pourrait avoir précipité le monde du travail dans un marasme éducatif qui n'est pas prêt de s'estomper (dispositifs inutilisables et hyper-complexes, inflation des coûts et des procédures, disparition des financements, désorganisation des acteurs et des financeurs de la formation)

En matière de formation comme d'éducation, la France s'est payée de mots depuis la fin des années 70.

La situation des apprentissages en France est devenue critique et le chômage endémique en France en est la meilleure preuve

- Les salariés français sont, pour nombre d'entre eux, insuffisamment qualifiés pour le travail au XXIe siècle (Étude PIAAC de l'OCDE où il apparaît que 22 % des actifs ont un niveau de qualification très faible)

- Une infime minorité des travailleurs parle couramment anglais (4% des cadres auraient en France un niveau "advanced" pouvant dès lors travailler à l'international).Au Luxembourg 99 % des travailleurs parlent anglais !

- Les salariés passent en moyenne moins de 1 % de leur temps travaillé à se former (une moyenne de 12 heures par an, moins encore pour les ouvriers) alors qu'il faudrait qu'ils y consacrent au moins 10 % de leur temps travaillé (soit 150 heures par an).

La France s'est transformée en un désert cognitif où la communication sociale étouffe l'activité et cache la réalité

Alors que certains fantasment déjà sur la prochaine réforme de la formation (ou de l'éducation), alors que moult rapports, livres blancs et enquêtes s'entassent et démontrent tous que notre pays n'est plus assez compétitif, les remèdes proposés pourraient être pires que le mal.

La France : un pays auto-centré sur lui-même, amoureux des règlementations qui ne veut pas s'adapter au monde

La formation et l'éducation devraient participer du qualitatif (qualité de vie, qualité du travail, développement du capital humain) et de la prévention (prévention du déclassement économique et des ruptures professionnelles), mais nous restons scotchés sur la défunte société industrielle, un modèle matérialiste où l'on consomme, ou l'on gaspille plutôt que de prévenir ou de préparer l'avenir.

L'affaiblissement de notre pays est d'abord éducatif

Nos piètres résultats financiers, économiques et sociaux sont en grande partie être liés à notre faible niveau d'éducation (baisse du niveau de l'éducation en France face aux progrès considérables que réalisent les autres pays)

- Notre commerce extérieur se dégrade continuellement depuis les années 2000. Nos rigidités sociales n'expliquent pourtant qu'en partie cet affaissement généralisé.

- Nos productions trouvent de plus en plus difficilement preneurs : agriculture intensive, industrie moyenne et pas assez qualitative (trop d'engrais, pas assez d'intelligence et de travail)

- Notre culture est trop auto-centrée, la francophonie adoptée il y a 20 ans nous enferme dans une nasse francophone sans que nous prenions conscience des changements intervenus dans le monde (il est significatif que sur les 34 chaînes TV gratuites de la TNT, toutes soient en français, de mauvaises traduction en VF de programmes étrangers médiocre, sans possibilité de suivre l'actualité en anglais, italien, espagnol ou allemand, russe ou chinois)

- Un enfermement dans notre bulle sociale à 750 milliards d'euros par an (15 % des dépenses sociales du monde) qui à force de subventions, d'aides, de niches... empêche les Français de comprendre et de se confronter au monde réel.

Le temps politique (5 ans tout au plus) n'est pas celui de l'éducation (une génération soit 20 ans pour produire des effets)

Sans d'énormes efforts éducatifs, notre pays restera condamné à écoper ses régimes sociaux, à soutenir sans fin ses entreprises dévitalisées, à entretenir un "modèle" social ruineux et condamné et à courir sans cesse après de vaines, complexes et couteuses trouvailles règlementaires ou sociales

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-159731-france-formation-et-education-quand-le-rideau-de-fumee-se-dissipera-2023156.php?lub7m3xZJ20g91YT.99

Tag(s) : #France, #Formation 360°, #Direction

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