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Selon l’annexe au projet de loi de finances 2017 dans le champ de la formation professionnelle (appelé jaune budgétaire), le chiffre d’affaires réalisé par les organismes dispensateurs de formation professionnelle en 2013, qu’il s’agisse de leur activité principale ou d’une activité secondaire, a progressé par rapport à 2012 de 1,8 %. Il a atteint 13,9 milliards d’euros pour 66 362 organismes formant 24,9 millions de stagiaires (+2,2 %) et dispensant au total 1,149 million d’heures (+1,0 %).   

Parmi tous ces prestataires on compte 21 000 opérateurs dont la formation est l’activité principale et qui ont réalisé un chiffre d’affaires de 8,8 milliards d’euros (soit une part de marché quasiment stable). Il faut noter que le nombre de ces organismes de formation est en hausse de 7,2 %, soit une progression plus importante que pour l’ensemble des prestataires de formation continue. En clair, le phénomène de fragmentation de l’appareil de formation continue s’est accéléré au rythme de l’atomisation des formations elles-mêmes dont la durée moyenne est de plus en plus courte (46 heures). Cette fragmentation est d’autant plus problématique que 1 % des organismes (660) ont réalisé 44 % du chiffre d’affaires global (soit 6,1 milliards d’euros) pour un chiffre d’affaires moyen de 9,2 millions d’euros. À l’autre extrême, les organismes réalisant moins de 150 000 euros de chiffre d’affaires représentent 83 % des organismes soit 55 000 prestataires ! Un tel appareil de formation est-il à la hauteur de l’enjeu de la montée en qualification des actifs ?

Cette question simple est occultée par le fait d’appréhender l’activité de formation sur la base d’une durée moyenne qui n’a guère de sens, puisqu’elle comptabilise des formations d’adaptation très courtes (d’un ou deux jours) qui pèsent plus de 95 % des actions de formation. Ces formations n’ont guère de rapport avec celles qui concernent les actifs souhaitant changer de métier ou monter en niveau de qualification. Au détour d’une page on apprend que pour les demandeurs d’emploi, la durée des stages s’allonge quand le nombre de stagiaires diminue et que pour les salariés, la durée de formation est plus courte mais le nombre de stagiaires s’accroît !

Ainsi dans un document de près de 200 pages on ne sait toujours pas établir le périmètre du chiffre d’affaires lié à l’effort de qualification des adultes (en clair des formations de 400 heures et plus permettant d’obtenir un diplôme ou un titre professionnel) ! Un périmètre qui correspond au champ de l’action publique et paritaire dont il serait pertinent de comprendre les mécanismes et le poids budgétaire réel… On peut néanmoins faire une estimation optimiste concernant la formation des demandeurs d’emploi et des salariés dans le cadre du CIF. Ainsi les durées moyennes de formation des demandeurs d’emploi oscillent entre 203 heures et 355 heures selon les cinq catégories d’actions développées par Pôle Emploi pour un budget de 384 millions d’euros dont 40 % d’actions qualifiantes en comptant très large. Par ailleurs, on peut estimer le budget des formations qualifiantes des régions à 600 millions d’euros maximum sur un budget total de 1,1 milliard d’euros. Enfin l’achat de formation dans le cadre du CIF-CDI et du CIF-CDD s’élève à environ 264 millions d’euros… On peut donc estimer que le marché de la formation qualifiante des adultes (permettant d’obtenir un diplôme ou un titre professionnel de niveau V, IV ou III) est d’un peu plus d’un milliard d’euros (or contrat de professionnalisation) soit 14 % du marché sans que l’on sache d’ailleurs la typologie des actions concernées en termes de qualifications visées… Bref on est loin d’une approche exhaustive et sérieuse de ce volet de l’action publique et paritaire.

Paul Santelmann, directeur de la veille « emploi & qualifications » à l’Afpa

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